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Découvrez la famille de Gramont, dont l’héritage façonne Bidache depuis des siècles.

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Les Gramont à Bidache : sept siècles d’une souveraineté

L’histoire des Gramont à Bidache est celle d’une petite terre patiemment transformée en principauté souveraine.

Elle commence vers 1190, lorsque Brun de Gramont, issu des vicomtes de Dax, reçoit Bidache en partage et y bâtit un premier château.

Ce sera un revers militaire qui installera définitivement les Gramont à Bidache.

Après la destruction de leur forteresse d’Agramonte, à Viellenave-sur-Bidouze, par l’armée du roi d’Angleterre, les Gramont font de Bidache leur château-forteresse. C’est dans leur fief de Viellenave, en 1215, que les Gramont s’établissent en seigneurie.

De cette époque date l’ambiguité féodale d’où naîtra toute leur singularité.

En 1486, Roger de Gramont devient maire héréditaire de Bayonne, et les Gramont utilisent désormais ce double socle pour diriger la grande ville portuaire et la terre de Bidache.

Le 22 septembre 1329, Arnaud-Guillaume III prête hommage au roi de Navarre de sa terre de Bidache, mais assortit l’acte d’une clause décisive : si le château ne se trouvait pas en Navarre, ou que quelqu’un y mit opposition, le pacte serait nul à son égard, mais valable pour celui de Gramont.

Les hommages ultérieurs de 1385, 1409, 1429, 1434 abandonnent toute réserve, puis cessent : après 1434, plus aucune trace d’hommage au roi de Navarre pour Bidache.

Ce silence d’un siècle, soigneusement entretenu, laisse la terre dans un flou dont Les Gramont sauront tirer parti.

À la fin du XVe siècle, l’église de Bidache leur sert désormais de sépulture.

Le désastre de 1523 faillit tout emporter. Alors que Jean II, baron de Gramont, au service de François ler, se bat contre les troupes de Charles Quint, ce sera Philibert de Chalon qui assiégea le château de Bidache et qui l’incendie.

C’est une femme qui relève la maison : Claire de Gramont, sœur de Jean II, veuve de Menaud d’Aure, dirige la reconstruction du chateau de Bidache avec l’appui de son oncle Charles de Gramont, archevêque de Bordeaux. Il meurt sans héritiers.

Elle sera la seule héritière de la Maison de Gramont. Fait tres rare lorsqu’une Maison est relevee par une femme.

En 1541, elle obtient une précieuse relique de Saint Jacques de Compostelle qui fait de la collégiale de Bidache un but de pèlerinage rayonnant bien au-delà du pays.

En 1549, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, sera reçu à Bidache.

En juillet 1565, Antoine ler donne une réception royale pour Catherine de Médicis et Charles IX.

En 1568, on célèbre le mariage du fils aîné d’Antoine 1er, Philibert avec Diane d’Andoins, comtesse de Guiche.

Diane d’Andoins prend le pseudonyme de « Corisandre ». Alors qu’elle est la veuve de Philibert de Gramont, elle deviendra l’égérie du futur roi de France, Henri IV donnant à Bidache un rôle politique considérable.

En 1566, Antoine ler amorce la souveraineté de sa terre de Bidache. Il fera un legs prive a sa femme.

En octobre 1570, Antoine 1er, en sa qualité de maire de Bayonne, déclare publiquement devant le corps de ville, considerer Bidache « en souveraineté  » ».

Trois semaines plus tard, il signe une ordonnance de justice en seigneur souverain.

La principauté est née.

Elle se consolide sous Antoine II.

En 1609, Henri IV roi de France et de Navarre, mais aussi voisin béarnais affranchit Bidache de ses royaumes, reconnaissant implicitement que Bidache n’en fait pas partie, et qualifie Antoine Il de « souverain de la terre de Bidache ».

Cela lui donne des droits d’asile, de législation et de justice.

En 1602, le droit d’asile prend déjà toute sa dimension, Diane d’Andoins avait obtenu d’Henri IV l’autorisation d’accueillir des juifs qui fuient l’Espagne.

En 1610, l’épisode qui révèle le mieux la nature du pouvoir des Gramont à Bidache est l’affaire Marsilien.

Ayant surpris son épouse , Louise de Roquelaure, avec son écuyer, Antoine II tue l’amant, puis fait juger l’épouse qui est condamnee a la peine capitale.

Quand un émissaire royal se présente pour exiger le dossier, le comte lui interdit d’abord l’entrée de son territoire et ne cède qu’après l’avoir contraint à déclarer y pénétrer « non en qualité de personne publique (…) mais comme personne privée ».

Jamais la souveraineté ne s’affirma plus nettement – même si, en cassant l’arrêt rendu par la cour de Bidache, le Conseil du Roi rappela aussitôt les limites de l’exercice.

L’arrêt de la cour de justice de Bidache ne sera pas exécuté mais la comtesse va décéder dans des conditions peu claires. La souveraineté apparaît alors encore plus ambiguë.

L’apogée vient avec Antoine III, maréchal de France.

La maison est érigée en duché-pairie en 1643. Paradoxe important: un souverain autoproclamé est fait duc et pair de France par le roi de France.

En juillet 1659, Bidache atteint son plus grand éclat lorsque le duc Antoine III reçoit Mazarin, venu négocier le traité des Pyrénées.

C’est aussi le temps où la communauté juive, installée en nombre vers 1652, obtient en 1665 son propre cimetière. Les juifs exercent une activité commerciale et financière importante. Bidache sert de lieu d’exil au propre fils du maréchal, le comte de Guiche, éloigné de la cour pour son inclination envers Henriette d’Angleterre.

Le XVIlle siècle est celui du déclin. Louis XIV requiert la présence des Gramont à Versailles.

En 1710, le Château de Bidache n’est plus habité mais de cette terre persiste une souveraineté théorique que le parlement de Navarre tente de soumettre à sa juridiction ; Tattaire, portée jusqu’au Conseil de Régence, ne sera jamais tranchée. Ce silence prudent préserve les droits du duc de Gramont sans créer de précédent.

En 1756, l’intendant d’Etigny fustige une principauté sans prince, devenue le repaire de « malfaiteurs, bandits et scélérats ». La contrebande de tabac y prospère.

La Révolution met un terme sans éclat : le 16 avril 1790, Bidache apprend son rattachement aux Basses-Pyrénées, et la souveraineté s’éteint.

Suivent l’incendie de 1796 et la profanation du caveau familial.

La mémoire, elle, survit. Le duc Antoine VIII rétablit le caveau en 1819, réunissant dans un même cercueil les ossements de ses ancêtres.

Au XIXe siècle, les ruines attirent les visiteurs romantiques tels : Napoléon III, l’impératrice Eugénie, le futur roi Édouard VII…

Le château appartient toujours à la Maison de Gramont ; le duc, Antoine XIV, y fut inhumé en 2014, dans cette crypte de l’église de Bidache établie depuis sept siècles.

Aujourd’hui, le Duc de Gramont, Antoine XV qui vit aux USA revient tous les étés à Bidache.

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